L’enseignement, terreau propice au harcèlement moral ?

//L’enseignement, terreau propice au harcèlement moral ?

L’enseignement, terreau propice au harcèlement moral ?

L’organisation de notre enseignement est propice au développement de faits de harcèlement ou de violence psychologique au travail. Voici pourquoi ?

1-. Contexte néfaste au bien-être

L’enseignement en Communauté française de Belgique n’impose pas au chef d’établissement d’obligations de résultats il n’existe qu’une obligation de moyens.

Ce qui veut dire que peu importe la qualité des apprentissages ou les conditions de travail du personnel pour autant que les textes soient appliqués (sachant que souvent ce n’est même pas le cas).

2-. Diviser pour régner ou avoir avantage au conflit


Certains directeurs ou préfets préfèrent voir des divisions régner parmi les membres du personnel. Ces divisions sont leur meilleur allié.

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Quand vous voyez ce qui s’est passé à l’Athénée de Rochefort où les enseignants sont partis en grève pour demander la démission de la préfète cela peut amener certains chefs d’établissement à s’en prémunir d’autant que ce cas a connu des précédents, notamment à l’Athénée de Jemeppe.

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Les directions ont tout intérêt à avoir ce que nous pouvons  appeler une cour qui va les protéger et leur servir de bouclier.

3-. Pouvoirs informels

Evidemment parmi le corps professoral certains enseignants ont bien compris l’intérêt qu’ils pouvaient tirer de cet état de fait. Certains flattent donc les directions et sont leurs fidèles alliés.

Comme « tout flatteur vit au dépend de celui qui l’écoute », les directeurs qui entrent dans ce mécanisme malsain vont créer la zizanie dans leur propre établissement.

Car bien évidemment, chaque fois qu’il y aura une tâche importante à faire ou un budget à gérer, c’est naturellement vers les personnes qui leur sont proches qu’ils vont se tourner.

Parmi ces « avantages », certains entrent dans un cadre légal et d’autres ne le sont pas ou le sont moins. Voici quelques exemples :

  • Selon moi, il est tout à fait inadmissible que ce soit des enseignants qui fassent les horaires d’autres enseignants. Ils  n’ont pas à avoir ce pouvoir par rapport à leurs collègues. Trop souvent les horaires servent de moyens de pression pour rallier ou faire taire des membres du personnel dans certains conflits. Certains enseignants peuvent avoir des horaires atroces et d’autres les horaires dont ils ont rêvé. Je vous citerai deux anecdotes rapportées.
    a. La première se passe dans un athénée de la Communauté française. Des conflits existaient entre membres du personnel et leur hiérarchie. Un professeur qui s’entendait bien avec le chef d’établissement avait la charge de faire les horaires. Une enseignante très proche d’une personnalité politique avait un bel horaire car étant du même bord politique que ses supérieurs. A côté de cela, d’autres en avaient de très contraignants même si ces horaires respectaient tous la législation. L’enseignante en question avait une fois déclaré à l’unisson : « Je m’en fou que d’autres aient un horaire moche du moment que j’en ai un beau ». Forcément faire des horaires implique des choix à différents niveaux : un jour où vous pouvez éventuellement ne pas avoir cours, les heures de fourche, les cours jusqu’en fin d’après midi le vendredi, … Les aménagements avantageux des uns nuisent très souvent aux autres.b. Une enseignante a fait un remplacement dans un autre Athénée de la Communauté française. Il s’agissait de remplacer le professeur horairiste. Quelle ne fut pas la surprise de l’enseignante choisie pour le remplacement de constater en recevant son horaire que ses cours se donnaient tous uniquement le matin. Qui ne rêverait pas d’avoir tous ses après midi de disponibles ?
  • Il est tout aussi inadmissible que ce soient des enseignants qui gèrent seuls des budgets avec un contrôle très limité de la direction et/ou de l’économat.
    D’une part ces enseignants ne connaissent pas souvent les règles des marchés publics et se mettent en porte à faux.
    D’autre part, la gestion de l’argent représente un pouvoir car certains de leurs collègues doivent venir leur demander ou parfois leur quémander pour acheter du matériel pédagogique.
    Dans certains établissement, cela peut très bien se passer quand l’entente et la concertation entre professeurs existent. Dans d’autres où les oppositions ont été créées, c’est beaucoup plus délicat. Très souvent les budgets sont alors utilisés à des fins douteuses telle que détourner des élèves de certaines options au profit de celles où le gestionnaire du budget donne ses cours. Un enseignant n’a pas à s’adresser à un autre enseignant pour avoir le matériel dont il a besoin pour donner ses cours.
  • Ventilation des NTPP (nombre total de périodes professeurs) et heures cadeaux.
    Une école dispose d’un certain nombres d’heures à ventiler entre les différents enseignants. Ces heures sont, pour la plupart, destinées à donner des cours. Mais là où le bas blesse, c’est que vu l’organisation de l’enseignement, les chefs d’établissement doivent aussi puiser dans ces heures de NTPP pour trouver des membres du personnel d’accord pour faire différentes tâches, comme par exemple : faire les horaires (tiens, tiens) ou gérer les centres cyber média (vous savez ces musées de l’informatique où les ordinateurs mettent 20 min. à s’allumer et où l’on ne peut accéder qu’à 3,5 sites).
    A nouveau, dans certains cas cela se passe bien même très bien. Par contre, dans les écoles où une cour existe, les abus sont souvent nombreux : la direction va récompenser sa cour en distribuant des heures pour … faire les photocopies, écrire un article tous les trois mois (et encore) sur le site de l’école et je ne sais quelles autres tâches parfois très farfelues.
    Là encore, ces avantages se font au détriment de collègues puisque moins d’heures de cours données par des enseignants = des classes surchargées pour d’autres MAIS aussi au détriment des élèves puisqu’ils vont être plus nombreux en classe.

4-. La cause des causes

Notre enseignement se porte mal. Le système est pervers. La plupart des chefs d’établissements , des inspecteurs et des désignateurs (je n’ai pas abordé l’aspect désignation mais il pourrait, à lui seul faire l’objet d’un article) ont d’autres intérêts ou pressions que la qualité de l’enseignement.

Dans ce contexte, c’est le petit jeu de « Je te tiens, tu me tiens par la barbichette »

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Si ton inspecteur vient ennuyer mon directeur ici, le mien se vengera là-bas. Idem au niveau des désignateurs, si tu désignes mon copain ici, je désigne ton copain là-bas…

Ce système ne subit donc plus aucun contrôle bien qu’une armée de contrôleurs existent. Dans les faits, cela ressemble plus à des emplois donnés pour service rendus.

Personne dans ces sphères n’a intérêt à briser ce système, car tous y trouvent  des avantages en récompensant des fidèles. De plus si l’une d’entre certains se voulaient éthique, ils se feraient « manger toute crue » par les autres qui continueraient à s’y adonner. En effet, ils ne placeraient plus des directeurs ou désignateurs.

Au milieu de ce jeu infernal:

  • des enseignants éprouvent de grandes souffrances au travail ou sont harcelés. Très souvent, ils sont laissés totalement isolés et quittent l’enseignement.
  • des élèves qui sont pris en otage d’un système qui ne leur donne pas de chances égales de réussite. En effet, notre enseignement est le plus discriminant au monde. Ce sont les élèves dont les parents peuvent grâce à leur bagage ou argent qui réussissent le mieux et beaucoup d’autres de conditions ou d’origine plus modeste sont laissés de côtés.(bien sûr, des enfants de condition modeste réussissent aussi mais statistiquement, ils sont moins nombreux)
2014-02-23T10:31:43+00:00février 23rd, 2014|exemples|